Les nouveau-nés et la marche

La marche des nouveau-nés

 

Qu’est ce qui fait marcher les nouveaux-nés ?

Nous portons tous en nous la trace imprimée de nos premiers pas. Mais contrairement à une idée admise, ces premiers pas ne sont pas ceux que nous faisons debout pour la première fois à l’âge de 10-12 mois dans un équilibre précaire. Nos premiers pas, nous les faisons avec jambes et bras, dans le ventre maternel, le dos soutenu par la courbure accueillante de la paroi utérine, loin des bruits extérieurs et, si loin de la précipitation de nos vies adultes futures. Ces premiers pas ont un sens : ils nous préparent, lors de notre vie fœtale, au grand passage pour retrouver l’autre monde, celui de la pesanteur et des bruits, celui où il faudra un jour se déplacer de manière indépendante.

Notre groupe  étudie comment les nouveaux-nés, tout juste sortis du ventre maternel continuent de faire des pas et quel est le lien de cette « marche » primitive avec la marche adulte.

Une marche primitive ?

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Dès la naissance, un enfant est  capable de se déplacer en rampant pour aller jusqu’au sein maternel. Bien plus, s’il est soutenu en position verticale  et ses pieds amenés au contact d’une surface solide, un nouveau-né peut se mettre à faire des pas alternés et  avancer sur de courtes distances, comme s’il marchait! Cette marche primitive est souvent testée par les pédiatres à la naissance, mais la plupart la considèrent comme un simple réflexe et guettent sa disparition vers l’âge de 2-3 mois, qui pour eux, signent la maturation du cerveau. Pourtant, comme l’ont montré plusieurs travaux, la question est loin d’être aussi simple !

Si cette marche primitive semble bien disparaître la plupart du temps  autour de 2-3 mois, ce n’est pas une vraie disparition, comme l’ont montré plusieurs études, mais plutôt un masquage momentané qui n’aurait rien à voir avec la maturation du cerveau.  En raison de la prise de poids rapide de l’enfant, celui-ci devient en effet incapable musculairement de soulever ses jambes contre la pesanteur ou de contrer le frottement du pied sur une surface solide. Surprise: si vous mettez votre enfant de 2-3 mois dans l’eau, celui-ci, soulagé de la pesanteur, redevient capable de pédaler … La disparition de la marche néonatale serait donc un problème biomécanique.

Si cette marche primitive de la naissance ne disparaît pas, a -t-elle un lien, alors, avec la marche future? C’est une des questions qui fascine les chercheurs. L’enjeu est de taille. Si  le lien existe, alors on est en droit de se demander s’il ne faut pas entraîner la marche le plus tôt possible chez des enfants qui ont des risques d’être retardés à marcher.

Quel lien entre marche primitive et marche mature ?

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Cette expérience a été faite sur des nouveaux-nés typiques. Effectivement, si, depuis la naissance, on entraîne tous les jours quelques minutes un enfant à faire des pas en position debout soutenu sur une surface  rigide, on observe une amélioration progressive de ses mouvements de jambes alternés, lesquels ne disparaissent pas à l’âge habituel, et génèrent, au contraire, une marche mature plus précoce. Bien que cet entraînement soit inutile chez l’enfant typique, cette expérience suggère qu’il existe bien un lien entre marche primitive du nouveau-né et marche mature. Un vaste champ de questions s’ouvre alors.  C’est à ces questions que nous essayons de répondre dans notre laboratoire situé à la Maternité Cochin-Port Royal.

Quels sont les meilleurs environnements pour stimuler la marche chez le tout petit, et ceci même depuis la naissance ?

Est-il possible qu’un nouveau-né puisse déjà utiliser sa vision pour contrôler ses mouvements de pédalage debout ou même lorsqu’il se déplace en rampant ?

On parle toujours des jambes, mais les bras ont-ils aussi un rôle dans les déplacements précoces du nourrisson ? Faut-il les stimuler ?

Un nouveau-né peut-il marcher en rythme ?

Nos recherches

Pour explorer ces différentes questions, nous avons mis au point des conditions de test adaptées à l’environnement délicat de la naissance : éclairage atténué, enfant mis en état d’éveil calme par des positions appropriées, des stimuli visuels adaptés avec de bons contrastes noir et blanc, un soutien postural adéquat pour améliorer la marche, de petits tapis roulants…

Ce que l’observation des  nouveau-nés nous apprend est remarquable.

Ainsi, ils semblent déjà capables d’utiliser leur vision pour contrôler leur locomotion. On peut par exemple, déclencher chez eux une réaction de pédalage des jambes en l’air, une sorte de marche aérienne, en les plaçant dans un environnement de  réalité virtuelle simulant leur déplacement vers l’avant ou vers l’arrière.

 

Des résultats similaires ont été obtenus sur la marche sur une surface rigide : les nouveau-nés améliorent le nombre et la qualité de leurs pas si on ajoute des informations visuelles qui les aident à voir dans quel sens ils se déplacent.  Ces résultats ont des conséquences cliniques et nous étudions actuellement la possibilité de construire de petits tapis roulants associés à des informations visuelles, afin de les utiliser pour entraîner à la marche des enfants à risque de retard locomoteur.

Pour en savoir plus