THEMA 2 : Corps

THEMA 2 : Expériences du corps

Responsables : Karinne GUENICHE et Manuella De LUCA

 

BILAN 2012-2017

Membres

Membres permanents du PCPP (16) :

J. ANDRÉ (MC) ; J. BOUTINAUD (MC) ; C. CHABERT (Pr.) ; M. CORCOS (PU-PH) ; C. DEJOURS (Pr.) ; M. DE LUCA (PAST) ; M. EMMANUELLI (Pr.) ; I. GERNET (MC) ; B. GOLSE (PU-PH) ; K. GUENICHE (MC) ; M. GARGIULO (MC) ; E. LOUËT (MC) ; F. MARTY (Pr.) ; S. MISSONNIER (Pr.) ; B. VERDON (Pr.) ; S. VIBERT (MC).

Membres temporaires (7) :

B. BEAUCQUIER-MACOTTA (MCU, PH) ; M. COURTAUX (Psychologue clinicienne et doctorante) ; J. COHEN-SALMON (Psychologue, Docteur en Psychologie) ; F. DEBOUT (Psychologue et docteur en Psychologie) ; O. PERELMAN (Doctorante SPC) ; J. SHULZ (Docteur en psychologie Psychologue clinicienne ASM 13, ATER) ; H. SUAREZ-LABAT (Docteur en Psychologie, Psychologue-Psychanalyste).

Invités-partenaires actifs (3) :

S. CARTON (Pr., Montpellier III) ; M. DESSONS (MC, Montpellier III) ; V. ESTELLON (Pr., Montpellier III).

 

De la psychopathologie des expériences du corps aux expériences du corps :

Approche psychanalytique de la psychopathologie des expériences du corps comme point de départ en 2012. Une réflexion engagée sur nos objets de recherche lors de nos différentes rencontres et approfondie lors des séminaires nous a conduits à une nouvelle dénomination du THEMA et d’une réorganisation des axes. Le THEMA s’appelle désormais « EXPÉRIENCES DU CORPS ». Nous avons souhaité nous recentrer sur la notion d’expérience en ce qu’elle se dialectise avec celle de corps et qu’elle renvoie aux expériences au sens phénoménologique notamment en référence aux travaux d’E. Husserl et de P. Ricœur, à la primauté de l’expérience du moi sur l’expérience d’autrui, à l’expérience du sens analytique, qu’elle soit expérience de satisfaction comme paradigme de la vie psychique pour Freud ou expérience de la cure, à l’expérience dans la constitution de l’identité et dans le processus de subjectivité qui mêle traversées d’expériences singulières, et/ou répétitives, à l’expérience d’être pour Winnicott (féminin pur), à la zone intermédiaire d’expérience (espace transitionnel), et enfin à l’expérience transformationnelle en référence à l’objet transformationnel de C. Bollas qui articule environnement et pré-pensées.

Les quatre axes de travail du THEMA à sa création étaient les suivants :

Axe 1 : Cliniques de la périnatalité et de l’enfance 

Axe 2 : La maladie somatique et le handicap comme exigence de travail psychique

Axe 3 : Le corps, ses expériences et ses transformations : des sensations corporelles à la subjectivation ;

Axe 4 : Mémoire corporelle, identité et identification

 

Ces axes premiers ont évolué comme nos travaux et nos objets de recherche ce qui témoigne des engagements les plus récents des membres du THEMA tant au niveau de la clinique que de la recherche.

Axe 1 : Psychopathologie des expériences du corps. Cet axe reprend le point de départ de la création de ce THEMA et l’intérêt commun de tous ses membres. Il articule également recherche et enseignements dans des leçons cliniques des deux années du Master « Psychologie Clinique, Psychopathologie et Psychanalyse ».

 Axe 2 : Premières expériences du corps, l’archaïque et ses après-coups. Construction de l’unité somato-psychique, ses traces et ses achoppements. Cet axe se penche sur la traduction de l’archaïque et de l’originaire dans l’après-coup et ses effets à tous les âges de la vie.

Axe 3 : Atteintes du corps (maladies somatiques, handicaps et traitements médico-chirurgicaux) et exigence de travail psychique. Cette exigence de travail psychique prend des formes diverses à travers les âges de la vie (périnatalité, adolescence, vieillissement), à travers des expériences du corps (puberté, grossesse, maladies somatiques, handicaps…). Elle nous semble être un paradigme pertinent pour mettre en débat les grandes questions sociales, anthropologiques, philosophiques, juridiques abordées avec une démarche transdisciplinaire et une approche psychanalytique.

Axe 4 : Inscription du/au féminin/masculin et bisexualité psychique. Cet axe est une véritable nouveauté de nos regards et intérêts, il devient une ligne de force et d’attraction de nos travaux. Il met en tension une conflictualité intrapsychique et somato-psychique qui témoigne de cliniques et problématiques sociétales contemporaines et n’en reste pas moins inscrite dans la métapsychologie freudienne. Il articule de surcroît les théories du genre et la psychanalyse.

 

La vie du THEMA en 2016

Les rencontres sont au nombre de 4 dans l’année, elles alternent avec les séminaires. Cette année a été notamment marquée par la co-organisation par le THEMA et l’association « Corps et Psyché » (dont J. Boutinaud est un des responsables) d’un colloque qui s’est déroulé à l’Institut de Psychologie à Boulogne et qui s’est accompagné de la publication d’un livre : Figures psychopathologiques de l’image du corps. Plusieurs membres du THEMA y ont été associés : J. Boutinaud pour le rapport introductif « L’image du corps : un concept en mouvement », H. Suarez Labat : « Autismes et image du corps », M. Dessons « Pathologies limites de l’enfance et image du corps », V. Estellon « Image du corps et états limites », M. De Luca « Image du corps et schizophrénie », S. Missonnier et K. Gueniche en tant que président et discutant des tables rondes.

Nous avons également organisé un colloque interuniversitaire avec le laboratoire EPSYLON de l’Université Montpellier III : « Expériences du corps : sens et destins des sens ». Il s’est déroulé le 1er et le 2 avril 2016 à la faculté de Montpellier. Nous avons choisi, outre les conférences des Pr. S. Carton, S. Missonnier et V. Estellon, de composer des binômes ou des trinômes de membres du THEMA afin de favoriser une réflexion commune sur ses axes et de les croiser avec des collègues montpelliérains. Ainsi, la première table ronde « Comment le corps vient à l’enfant ? » a permis un dialogue entre M. Dessons sur « l’incarnation métaphorique des angoisses archaïques », Jérôme Boutinaud & Hélène Suarez-Labat sur « les intégrations du transitionnel, intégrations du sensoriel chez l’enfant ». La deuxième table ronde « Atteintes du corps et exigence de travail psychique » a permis des échanges entre le Dr. S. Bonnisseau, psychanalyste « Le chant du grillon, de bruit et de sens », K. Gueniche et S. Vibert « Il n’y a rien, et ça me coupe l’envie ! ». Enfin, la troisième table ronde sur les « Inscriptions du/au féminin » a permis une confrontation des recherches de M. de Luca et B. Verdon sur « Retour vers le futur : le fantasme de retour dans le ventre de la mère chez l’adolescent et l’adulte âgé » et une collaboration entre J. André et E. Louët : «Là où ça fait mal, je ne souffre pas ». Enfin la quatrième table ronde intitulée « Mémoire corporelle, identité et transformation » a permis un dialogue entre B. Beauquier, J. Shulz, D. de Wailly, Pr. Sylvain Missonnier sur le « deuil prénatal et la grossesse suivante » et le Pr. Vincent Estellon sur « les corps débordés ».

 

Publications récentes du THEMA

Elles rendent compte de la mise au travail des différents axes du THEMA. Ainsi pour illustrer nous pouvons citer :

Pour l’Axe 1 - Psychopathologie des expériences du corps :

Cet axe rend compte de la dynamique mobilisée à travers les différentes expériences du corps, auxquelles l’adolescence, le vieillissement et la grossesse notamment permettent d’avoir accès.

Verdon B. (2012), Changing While Remaining the Same Self-Representation Confronted With Aging, Rorschachiana, 33, 145-168

Poursuivant ses travaux sur l'intrication des causalités sociale, biologique et psychique dans l'expérience du vieillissement, Benoît Verdon s'est notamment attelé à approfondir la question du traitement psychique des modifications corporelles dans le vieillissement "normal" mais aussi pathologique (thèses en cours sur le cancer de la prostate, sur le vécu psychique de la maladie d'Alzheimer ou de troubles vasculaires). L'expérience singulière du corps ainsi engagée exige notamment de ne pas minimiser la dialectique masculin/féminin en jeu.

Staraci, S., Missonnier, S., Soubieux M.J., Ville, Y., Devenir d'une survivance du prénatal dans le cas du syndrome transfuseur-transfusé (2012), La psychiatrie de l'enfant, 2 Vol. 55, p.347-396. DOI : 10.3917/psye.552.0347

Shulz, J., Beauquier-Maccotta, B., Soubieux, M.-J., Mériot, M.-E., de Wailly, D., (doctorante) & Missonnier, S. (2016). Honte et culpabilité chez la femme enceinte suite à une interruption médicale de grossesse. La Psychiatrie de L’enfant, 59, (2), p. 361 - 424. doi:10.3917/psye.592.0361.

Perdre un « enfant » pendant la grossesse constitue une des épreuves les plus tragiques et les plus fréquemment  socialement déniées. Quels sont les effets psycho(patho)logiques sur la grossesse qui suit ce deuil singulier ? Comment penser les questions techniques et évaluatives essentielles du cadre, du transfert, du contre-transfert, de l’empathie métaphorisante et de la narrativité dans la consultation thérapeutique des parents « enceints » sont ici centrales. Les consultations avec les parents endeuillés suite à une mort spontanée de l’embryon/fœtus ou suite à interruption médicale de grossesse sont au centre de cette recherche-action dont les thèses récemment soutenues de D. de Wailly et J. Shulz témoignent.

De Luca M. (2016) Shame and self cutting in adolescens, Vergüenza y escarificaciones en la adolescencia. Revista de Psicoanálisis, de ninios y adolescentes; 18: 1-13

Les scarifications se rencontrent principalement à l’adolescence et à l’entrée dans l’âge adulte, avec une prédominance féminine. Elles sont intégrées au cadre plus vaste des attaques du corps qui contiennent également les tentatives de suicide, les autres automutilations et les troubles des conduites alimentaires. Outre la destructivité à l’œuvre, la place du corps est centrale dans ces conduites à la fois parce qu’il est le support de l’expression symptomatique mais aussi car il peut participer à une recherche de solution face au malaise induit par la puberté. La honte leur est fréquemment associée. Elle est intimement liée à l’investissement scopique en lien avec la persistance d’un registre pulsionnel de type partiel ou à une fragilité narcissique. Le recours aux scarifications peut être une modalité de figuration et d’intégration de la passivité et du féminin mais aussi être une répétition délétère et stérile dans une fascination de la contemplation de l’écoulement sanguin ou de la coupure.

 

Pour l’Axe 2 : Premières expériences du corps, l’archaïque et ses après-coups :

Cet axe est travaillé par plusieurs membres du THEMA dans son déploiement à travers les différents âges de la vie :

Boutinaud, J. (2017). Comment le corps vient à l’enfant ? Quelques enjeux autour des représentations corporelles au cours du développement. La psychiatrie de l'enfant, vol. 60,(1), 145-166. doi:10.3917/psye.601.0145.

La rencontre clinique avec le jeune enfant, que son développement soit harmonieux ou marqué par des souffrances diverses, met en avant la nécessité impérieuse de devoir habiter son corps, se l’approprier subjectivement et s’en construire des représentations. La référence parfois confuse à des registres théoriques hétérogènes, le télescopage de vocables paraissant similaires mais loin d’être équivalents (tels ceux d’image du corps et de schéma corporel pour ne citer qu’eux), parce qu’ils se font l’écho de la complexité de la problématique abordée, tendent à dérouter chercheurs et cliniciens et appellent à des éclaircissements. L’auteur propose ici une rétrospective non exhaustive autour de plusieurs de ces modèles théoriques (notamment psychanalytiques), afin de tenter de mieux les resituer et les mettre en perspective.

Plusieurs travaux d’Hélène Suarez-Labat ont été consacrés à la thématique de l’axe 2. Deux de ses articles ont d’ailleurs été récompensés par le Prix Maurice Bouvet en 2016 :

Suarez-Labat H. (2012) Des barrières autistiques aux limites : des voies nouvelles d'interprétation Revue Française de Psychanalyse, vol 76 (2), 447 -464 https://doi.org/10.3917/rfp.762.0447

La question des interprétations vectrices des processus de changement qui se déploient dans le dégagement de l’état autistique est analysée à partir des travaux de M. Klein et de F. Tustin chez l’enfant et l’adolescent bénéficiant de cures psychanalytiques au long cours. L’analyse et l’interprétation du transfert/contre-transfert s’appuient sur le relevé des mouvements qui contribuent à la construction de la synthèse du moi corporel : construction du regard, qualification de l’affect, fantasme de scène primitive, symbolisations, décorporation des corps maternel et paternel. L’effet des interprétations constitue des révélateurs et indicateurs du dégagement de l’état autistique.

Suarez-Labat H. (2015) Le Moi corporel : mensonges et vérités  Revue Française de Psychanalyse volume 79  (1) : 172 -184 https://doi.org/10.3917/rfp.791.0172

L’auteur propose de discuter la découverte du mensonge chez l’enfant post-autiste qui conserve les traces de replis autistiques anciens ayant entravé les intégrations des assemblages pulsionnels et émotionnels qui constituent l’unité du moi corporel. Le réaménagement des processus de projection et d’introjection est engagé par les relations de transfert et de contre-transfert, l’invariance du cadre qui permettent d’accéder au jouer à mentir. La psychopathologie autistique et ses dégagements permettent d’observer le jeu entre vérité et mensonge chez l’enfant, témoignant de la construction d’une théorie de l’esprit qui requiert l’intégration de l’image du corps avec l’intrication des impressions sensorielles comme socle de l’identité, de la bisexualité et des identifications.

De Luca M., Neau, F. (2016). Les conduites de retrait au domicile: un destin du fantasme de retour dans le ventre maternel à l’adolescence? Psychologie clinique et projective, 22, (1), 225-45.

Au Japon d’abord, regroupées dans les années quatre-vingt, sous le nom de syndrome de Hikikomori, des conduites de retrait au domicile. En France également, des adolescents ou des jeunes adultes, principalement des garçons, ne quittent plus le domicile familial ou plus exactement leur chambre, pendant plusieurs mois voire plusieurs années sans que cela soit pour s’adonner aux jeux vidéo, ou à une vie virtuelle sur internet. Ces conduites nous ont conduites à interroger les enjeux d’une expression si paradoxale du masculin, dans une intrication de passivité et de retrait et faire l’hypothèse d’une sollicitation d’un fantasme originaire, celui de retour dans le ventre de la mère. Cette sollicitation du registre originaire apparait comme une ébauche de réponse de l’adolescent confronté à une double menace face au processus de subjectivation et aux enjeux identitaires qui l’accompagnent : menace de castration pour le fils et crainte d’un effondrement de sa mère en raison d’une réactivation mélancolique chez cette dernière.

 

Pour l’axe 3 Atteintes du corps (maladies somatiques, handicaps et traitements médico-chirurgicaux) et exigence de travail psychique

Gargiulo, M. (2016). Handicap, figure de stigmatisation, Cliniques Méditerranéennes, 94, (2), 125.  https://doi.org/10.3917/cm.094.0125

La figure du handicap représente un paradigme intéressant pour réfléchir aux enjeux de la ségrégation et de la stigmatisation : elle fait figure d’étranger, éveille des représentations de monstruosité ; elle est source de projections violentes, d’un sentiment d’inquiétante étrangeté, de contagion et de dégoût. Notre expérience clinique avec des personnes porteuses de marques, de stigmates résultant des traces d’une pathologie somatique et/ou d’un handicap nous a permis de constater combien le repli sur soi, l’enfermement, voire l’auto-exclusion sont des mécanismes révélateurs d’un effort du sujet pour se maintenir sur le plan narcissique devant le regard d’autrui. Nous concluons que le processus de stigmatisation est le fruit d’une co-construction sur le plan duel, groupal et social. Il ne laisse pas celui qui est porteur du stigma dans une position passive. Les représentations subjectives du handicap interviennent de manière active dans le processus de stigmatisation qui doit être compris non seulement en termes d’attribut mais aussi en termes de relation.

D’autres membres du THEMA participent également du travail scientifique sur cet axe 3.
 Gernet I. (2013). Théorie de la séduction généralisée et topique du corps, Psicologia Em Estudo, 17, 3, 383-391

Gernet I. (2014). Destins du corps érotique à l’adolescence, Psychosomatique relationnelle, 3, 2, pp. 39-54

Edrei B., Gernet I. Le corps entre psychosomatique et psychodynamique du travail : travail de performance et décompensation somatique, Le Carnet Psy, 2015, 193, 8, 33-38

Ces travaux portent notamment sur une tentative de mise au travail du modèle de la séduction généralisée à  partir de la clinique des décompensations psychosomatiques (notamment  en rapport avec le vécu subjectif du travail)  en tant qu’exigence de travail psychique

 

Pour l’axe 4 Inscription du/au féminin/masculin et bisexualité psychique

Gueniche, K., Yi, M-K., Nataf, N. (2014). And God created woman ? The link between female sexuality and the mother-daughter relationship in Mayer-Rokitansky-Kuster-Hauser syndrome in adolescent, Bulletin of Menninger Clinic, vol. 78, n°1, winter 2014, pp. 57-69.

Il s’agit du travail préliminaire à la recherche portant sur les jeunes filles MRKH (PHRC et Projet collaboratif Paris Descartes). Mon expérience clinique auprès de ces jeunes filles, confrontées à l’indication souvent précipitamment proposée d’une intervention chirurgicale de construction vaginale, interroge la singularité de l’accès à la vie sexuelle féminine : sa dimension traumatique, le conflit d’ambivalence du lien mère-fille et le risque dépressif associé. Ce travail est étroitement associé aux axes 3 et 4 de notre THEMA.

 

Gueniche, K., Vibert, S., Ouallouche, C., Nataf, N. et al. (2016). Particularités du traitement psychique chez des jeunes filles à l’annonce d’une agénésie utéro-vaginale et de son traitement médico-chirurgical, Revue Adolescence, 34, 3, 525-538.

Cette publication s’articule à notre communication : Gueniche, K, Vibert, S. (2016). Je ne vois rien et ça me coupe l’envie, 1-2 Avril 2016 au Colloque « les expériences du corps – sens et destins des sens » Paul-Valéry Montpellier 3 et Paris Descartes-Sorbonne Paris Cité, Montpellier).

A l’appui des données cliniques et projectives issues d’une vaste recherche médico-psychopathologique proposée à des jeunes filles atteintes d’une agénésie utéro-vaginale (syndrome de Rokitansky - MRKH), notre travail propose l’analyse psychodynamique de la valeur et fonction pour l’économie psychosomatique d’une réaction fréquente de nature anorectique et/ou boulimique, transitoire et réversible, en post-annonce diagnostique. Une étude de cas paradigmatique étaye notre réflexion autour de la singularité de l’accès à la vie sexuelle féminine, notamment sa dimension traumatique, et porte l’accent sur le traitement psychique à l’œuvre dans la construction de l’intériorité psycho-corporelle.

Les travaux de Vincent Estellon sur les enjeux et les mutations de la sexualité humaine qu’elle soit précaire ou addictive s’inscrivent également dans cet axe du THEMA

Estellon V. (2005) Sexualités précaires et précarité sexuelle,  Cliniques méditerranéennes, 72, (2),  63-79 ; https://doi.org/10.3917/cm.072.0063.

Si la sexualité humaine est par essence précaire, au sens où elle n’est jamais que mal assurée, éphémère, sujette à la révocation, que peut-on entendre par « sexualités précaires » ? En quoi les sexualités addictives seraient-elles plus précaires que d’autres ? Et pourtant, dans cette quête infinie de chair, de corps sans visages, ne touche-t-on pas à une quête sacrificielle du sacré ? En quoi la psychanalyse via son dispositif thérapeutique particulier, peut-elle permettre à certains de ces sex-addicts l’émergence d’un écart, écart de langage entre pratiques et discours, et ouvrir une brèche dans ce circuit court des agirs psychopathiques.

Estellon V. (2017). De la libération sexuelle au taylorisme sexuel, Corps et psychisme, à paraître.

 

Les recherches menées par des membres du THEMA

La recherche MRKH : période 2012-2016 : Karinne Gueniche, et al.

« Impacts de la prise en charge chirurgicale et non chirurgicale de l’aplasie utéro-vaginale chez des patientes atteintes d’un syndrome MRKH (Mayer-Rokitansky-Kuster-Hauser) » : volet 1

  • 152 000 euros (PHRC) dont 30 000 euros pour vacations et recherche en psychopathologie psychanalytique : Impacts de la prise en charge chirurgicale et non chirurgicale de l’aplasie vaginale chez des patientes atteintes d’un syndrome MRKH
  • Necker, sous la direction du Pr. Y. Aigrain (MIN01-68, APHP)

Dans la période 2012-2015 : MRKH 

  • 25 000 euros : « Impact psychologique de l’annonce diagnostique d’une aplasie utéro-vaginale nécessitant une prise en charge médicale chez des adolescentes » : volet 2.
  • Paris-Descartes-Projet collaboratif (appel à projet) / 3 psychologues-chercheurs sur le projet + PHRC.

En 2014-2015, une réflexion préliminaire à cette vaste étude PHRC avait été proposé par K. Gueniche. Ainsi, à la faveur de l’indication souvent précipitamment proposée d’une intervention chirurgicale de construction vaginale aux jeunes filles MRKH, l’interrogation portait sur la singularité de l’accès à la vie sexuelle féminine : sa dimension traumatique, le conflit d’ambivalence du lien mère-fille et le risque dépressif associé (cf. article au Menninger Clinic, 2014).

En 2016, l’exploitation des données cliniques recueillies a débuté : PHRC MRKH + Projet collaboratif Paris Descartes. Ainsi, et à l’appui des données cliniques et projectives issues de la recherche médico-psychopathologique, en collaboration avec Sarah Vibert (MCF SPC-membre de notre THEMA « expériences du corps »), l’analyse d’une réaction fréquente de nature anorectique et/ou boulimique à l’annonce du diagnostic au moment de l’adolescence a été proposée. La réflexion porte sur l’accès à la vie sexuelle féminine ; l’accent est mis sur le traitement psychique dans la construction de l’intériorité psycho-corporelle. Des publications et communications scientifiques nationales et internationales soulignent le travail commun déjà diffusé ou à venir. L’exploitation des données du PHRC se poursuit.

Dans la lignée de cette recherche clinique mais aussi de l’expertise nationale et internationale de K. Gueniche en matière de vécu des troubles du développement du sexe, l’expérience auprès de patientes atteintes par une pathologie gynécologique rare lui permet de repenser le concept de « bisexualité psychique » à l’aune de la médecine contemporaine ; thème que nous avons proposé et mis au travail lors de notre « séminaire en dialogue » à SPC les 24 et 25 février 2017 (coordination Gueniche & De Luca).

 

Projet MGEX 

Programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) : 2013-2018 : Bénéfices et tolérance de l’exercice chez les patients ayant une myasthénie auto-immune généralisée et stabilisée. Investigateur principal : Tarek Sharshar (PU-PH, PH, CCA,). Responsables de l’étude psychologique ancillaire : Marcela Gargiulo et Estelle Louët qui sont deux membres du THEMA. L’objectif de cette étude est d’analyser les indices de dépression non symptomatique et ceux de l’image du corps chez les patients atteints de myasthénie gravis.

Recherche conversion et troubles neuromusculaires fonctionnels

  Ce projet de recherche associe des somaticiens et des enseignants chercheurs en psychologie clinique et en psychopathologie du laboratoire PCPP appartenant au THEMA (Marcela Garguilo, Manuella De Luca, Estelle Louet, Joanne André). Elle se déroulera dans le service du professeur Eymard à la Pitié Salpêtrière, service spécialisé notamment dans l’évaluation, le diagnostic, et la prise en charge de pathologies neuromusculaires dont la myasthénie. Il s’agit d’une étude des formes prises par la conversion et d’autres manifestations hystériques dans des troubles neurologiques sans substrat organique.

  Après un temps rétrospectif d’analyse d’une centaine de dossiers afin de définir des caractéristiques de ce groupe et de dégager les grands axes prioritaires dans l’évaluation, il s’agira de les mettre à l’épreuve dans des entretiens de recherche avec un petit nombre de patient pour en évaluer l’intérêt et la complémentarité avec l’évaluation déjà réalisée.

  Le deuxième temps de la recherche sera un temps prospectif. Il s’agira à partir de ce premier travail de réaliser une évaluation globale du fonctionnement psychique avec un entretien de recherche construit à partir du temps 1, une évaluation psychiatrique -présence de dépression, d’angoisse de personnalité histrionique, passive dépendante, trouble somatoforme au sens de la classification CIM 10. L’évaluation du fonctionnement psychique sera complétée par des échelles d’évaluation de la dépression et de l’anxiété ainsi que par des tests projectifs Rorschach et Thematic Aperception Test. Cette évaluation permettra de déterminer la place respective des problématiques anxieuses et dépressives, des troubles de la personnalité et des modalités d’aménagement du type hystérique : versant histrionique, conversif ou passif dépendant. Ce deuxième temps pourra être réalisé dans le cadre d’une thèse avec un doctorant de PCPP.

 

Echanges dans le THEMA autour de travaux de recherche dans le cadre d’une thèse en cours

Thèse de J. Shulz

Plusieurs rencontres de notre groupe de travail se sont centrées sur la discussion autour de recherches effectuées dans le cadre d’une thèse, notamment avec J. Shulz. Ainsi lors de son arrivée dans le THEMA en 2015, elle a eu l’opportunité de présenter son travail de recherche doctorale alors en cours, intitulé « Entre honte et culpabilité, méandres de la maternalité chez la femme enceinte après une interruption médicale de grossesse » sous la direction du Pr Missonnier.

La présence de chercheurs intéressés par des objets d’études proches du sien, eu égard à certains aspects mais dans des cliniques différentes, a permis de soulever des points essentiels concernant cette recherche ; cette réflexion commune a étayé et nourri la suite de la rédaction de la thèse de J. Shulz qui a été soutenue en octobre 2016.  Nous avons notamment questionné la notion de « processus d’objectalisation de la grossesse », laquelle problématique condense trop de concepts. Ce point a été essentiel dans la discussion des élaborations théoriques de la thèse.

Nous avons aussi abordé le concept de narcissisme dans le contexte clinique de la grossesse. Une nuance est alors apportée entre la notion d’objet psychique « bébé » comme prolongement narcissique de la mère, et du narcissisme comme capacité plus ou moins développée de la femme à s’investir elle-même et à être plus ou moins blessée narcissiquement par la perte. Cette discussion a ainsi permis à J. Shulz de clarifier et mettre en mot des intuitions qu’elle a alors pu investiguer plus avant au cours de sa recherche doctorale.

 

Thèse de Frédérique Debout

La thèse de doctorat soutenue en 2016 porte sur l’amendement du syndrome déficitaire dans la schizophrénie à partir de la psychopathologie d’orientation psychanalytique mais aussi à partir de la psychodynamique du travail. Le cadre clinique est celui d’une unité d’accueil familial thérapeutique. Ce qui apparaît au premier abord (comme des questions hygiénistes, l’action sur l’hygiène du corps, les rythmes veille-sommeil, la vêture etc.) vise une autre dimension du corps. Cible et lieu de la rencontre en A.F.T., le corps qui fait l’objet de l’action des accueillants familiaux, se trouve aussi le lieu de la transformation. Cette investigation concernant le soin a amené la doctorante à le définir comme une expérience du corps et plus particulièrement d’un corps à corps. A partir de là s’est fait jour une théorisation apparaissant dans le titre même de la thèse : le « travail maternel » qui ne se réduit ni au maternage ni au holding… et qui a conduit F. Debout à discuter d’une part un certain nombre d’auteurs en psychanalyse (dont les théorisations concernant la mère n’ont pas permis de dégager ce qui est constitutif de son action) et d’autre part les études sur le genre.

Cette étude a débouché sur plusieurs publications, dont une dans la revue Dialogue en mars 2016 : « Du maternel au travail maternel. L’originaire, une question politique ? ».

 

Conclusion du bilan du quadriennal

Le THEMA garde son dynamisme et a su faire évoluer son projet dans une interaction permanente entre les travaux et les recherches de ses membres et les axes initiaux. On peut ainsi souligner

  • Un changement de nom du THEMA pour mieux rendre compte du point de rencontre des travaux des membres du THEMA : Les expériences du corps
  • Des demandes régulières de participation au THEMA par des doctorants et des membres temporaires en complément des membres permanents
  • Une dynamique importante dans les recherches menées et les travaux publiés dont nous n’avons présenté que les plus paradigmatiques, explorées par les membres du THEMA

 

Transition du THEMA « expériences du corps » : 2017 et 2018

Séminaire en dialogue 24 et 25 février 2017 

  Le « séminaire en dialogue » que nous avons proposé les 24 et 25 février 2017 s’étaye sur l’axe 4 de notre THEMA et se construit sur des communications en binômes ou trinômes ; collaborations en duos ou trios aujourd’hui envisagées comme de véritables marques de notre travail et groupe de recherche communs. Notre quatrième axe est une véritable nouveauté de nos regards et intérêts contemporains. Les questions de la construction du féminin et du masculin en chacun articulées à celles de la bisexualité psychique résonnent notamment avec des questions sociétales très actuelles (homosexualité et parentalité homosexuelle, hermaphrodisme et théorie Queer, transsexualisme, procréation médicalement assisté, gestation pour autrui, etc.). Ainsi, cet axe devient une ligne de force et d’attraction de nos travaux et a servi de paradigme à notre manifestation scientifique organisée avec l’Université Montpellier 3 (Epsylon), laquelle s’est inscrite dans le prolongement d’une collaboration en 2016 d’avec le laboratoire montpelliérain (1 et 2 Avril 2016). Notre « match retour » a très largement poursuivi la dynamique impulsée en 2016 en permettant davantage encore de discussions avec notre auditoire (membres du PCPP, doctorants et étudiants de Master + professionnels) sur les expériences du corps à l’aune des questions contemporaines du féminin, du masculin et de la bisexualité psychique, encore une fois largement convoquées dans des problématiques à l’articulation de la médecine et de la psychanalyse aujourd’hui, mais pas exclusivement. « L’inscription du/au féminin/masculin et la bisexualité psychique » a été le thème de nos journées en lien avec notre THEMA sur les expériences du corps. Il a pu s’agir d’évènements somatique ancrés au développement : l’enfance et l’adolescence et leurs entraves à la bisexualité psychique (K. Gueniche & M. de Luca), la grossesse et ses castrations au féminin et au masculin (Jessica Shulz & Sylvain Missonnier), le vieillissement et l’exigence du travail du féminin (B. Verdon) assorti au renoncement pulsionnel dans le travail de culture (avec S. Carton) ; ou même des impasses de la bisexualité psychique dans des pratiques sexuelles extrêmes (J. André & V. Estellon). Enfin, si la bisexualité psychique dans les expériences du corps, dans ses allers et retours entre féminin et masculin, s’élabore dès l’enfance puis se remanie à l’adolescence voire tout au long de la vie, ses prémisses se constituent dès les premiers temps de la vie, dans des modalités en deçà de l’Œdipe (Marie Dessons, Hélène Suarez-Labate et Jérôme Boutinaud, PCPP). Dans cette perspective, Didier Houzel (pédopsychiatre et psychanalyste, membre de l’APF-spécialiste de la psychanalyse de l’enfant) nous a fait l’honneur d’être parmi nous en ouvrant notre « séminaire en dialogue » avec une conférence sur « la bisexualité psychique dans tous ses états ». Une publication commune de ce « séminaire en dialogue » est prévue dans la collection « Carnet Psy » chez Erès en 2018.

 

HDR des coordinatrices et membres du THEMA

M. De Luca : Des frontières : enjeux et travail de frontière – De l’adolescence à l’âge adulte et de la clinique à la recherche (soutenance prévue le 20 octobre 2017) 

Ce travail met à l’épreuve la notion de frontière à partir d’une réflexion théorique, clinique et épistémologique aux frontières de la psychologie clinique, de la psychiatrie, de la psychopathologie et de la psychanalyse. Il dégage la notion de travail de frontière heuristique pour penser le passage de l’adolescence à l’âge adulte, tel qu’il se déploie et achoppe notamment dans les scarifications. La prise en compte de la notion de frontière au-delà d’une simple ligne de démarcation, comme un espace aux propriétés de transformation et de mise en relation, nous a permis de proposer une nouvelle méthodologie de recherche hypothétique et processuelle.

K. Gueniche : Féminin et masculin à l’épreuve de la médecine contemporaine (soutenance le 20 novembre 2017, sous réserve de l’avis de la commission recherche université du 10 octobre 2017).

Les recherches cliniques interdisciplinaires de K. Gueniche étudient la spécificité des résonnances psychiques de la médecine contemporaine et des situations extrêmes qu’elle convoque. Elles s’articulent autour de trois axes majeurs (l’étrangeté des expériences du corps et le travail psychique qui y est exigé ; le travail du féminin et du masculin et la construction des identités ; et, les enjeux psychiques de la construction du corps, notamment de la fillette et de la jeune femme). Les travaux référencés permettent de nouveaux questionnements et ouvertures tant dans le champ de la psychopathologie, notamment infantile, que de la métapsychologie. L’éclairage, par les transformations psychiques engagées dans des cliniques extra-ordinaires des processus psychiques normaux inhérents aux cliniques ordinaires, est au cœur de ses intérêts.

B. Beauquier-Macotta : Aléas de la période périnatale et retentissement dans l’interaction parents-enfants. 

A travers l’exploration de la clinique de l’infertilité, du deuil périnatal et des interventions prénatales in utero B. Beauquier explore la construction de la parentalité et l’instauration des interactions parents-bébés. Elle a adapté des outils permettant d’explorer les représentions parentales prénatales et la relation parent-fœtus afin d’étudier le potentiel continuum entre le retentissement de situations prénatales complexes et le devenir de l’interaction parents-bébé. A travers l’introduction de la guidance interactive avec vidéo feed-back et du jeu triadique de Lausanne, elle poursuit ses recherches par l’évaluation des thérapies parents-bébés proposés aux dyades et aux triades dans ces mêmes situations. 

Perspectives en lien avec les HDR des deux coordinatrices du THEMA (Gueniche, K. & de Luca, M.)

  • Direction de thèses qui vont venir enrichir le THEMA
  • Ø Séminaires de thèse et enseignements créatifs en lien avec le THEMA et les intérêts scientifiques des deux coordinatrices

 

Ouverture vers une nouvelle thématique de recherche fédératrice du THEMA

  • Ø Les projets se situent dans une continuité du THEMA dont les axes forts sur les expériences du corps et le lien entre médecine et psychanalyse restent centraux. Plusieurs recherches vont se déployer dans ce paradigme.
  • Ø Suite à notre « séminaire en dialogue » de février 2017, nous souhaitons poursuivre notre réflexion et engager des travaux de recherche sur « la place du regard » dans la constitution du féminin et du masculin et sur l’intégration d’une bisexualité psychique tempérée.
  • Ø La proposition de ce thème de recherche commun au THEMA pour le prochain quinquennal est le fruit de la confluence de nos travaux. Si notre « séminaire en dialogue » a largement contribué à l’identifier, ce nouveau thème de recherche que nous proposons de mettre au travail est également une nouvelle piste de recherche pour chacune des deux coordinatrices du THEMA voire pour chacun de ses membres (cf. séminaire de février 2017)

 

Réflexions pour le projet 2019 - 2023

Préliminaires

Tout au long de l’année 2017, la confluence de l’ensemble de nos échanges scientifiques assortis des communications proposées au « séminaire en dialogue » de février 2017 nous conduit vers les questions du lien entre expériences du corps et les problématiques associées au regard : voir/être vu et perdre de vue, visible/invisible, et image/représentation. Ce sont ces questions, de nature bien différente, auxquelles nous nous proposons réfléchir et de mettre au travail tout au long du prochain exercice quinquennal du PCPP et au sein de notre THEMA. La méthodologie de travail proposée déclinera cette nouvelle thématique « le regard et les expériences du corps » autour des trois derniers axes du THEMA.

Notre réflexion sera assurément métapsychologique (ancrée dans la conflictualité propre à l’humain et au sexuel qui l’imprègne dans son actualisation transférentielle) et inscrite dans une perspective de psychopathologie analytique (lien avec le THEMA 1 : Métapsychologie). L’ouvrage posthume de M. Merleau-Ponty (Le visible et l’invisible, 1964, Paris Gallimard) vient étayer notre projet; les questions du visible et de l’invisible seront mises au travail articulées aux expériences du corps ; et comme un pas de côté, on interrogera également la plus-value apportée par les questions propres au « non visible » et toutes leurs déclinaisons.

 

Pour introduire

Selon Merleau-Ponty, le visible doit être décrit comme invisible, c’est-à-dire comme ce qui se dérobe (le sexuel freudien ? l’autre scène du rêve ? l’inactuel de Moscovici ?  l’invisible des origines, et la scène primitive déjà toujours invisible ?) au sein même de la présence. Du visible à l’invisible, il n’y a donc pas contradiction mais passage à la limite. Aussi le rapport à l’autre ne peut-il jamais être un rapport de simple co-présence. En réalité, pour le philosophe, ‘moi ‘ et ‘autrui’ sont deux ouvertures, deux scènes où « il va se passer quelque chose ». Les subjectivités sont tramées par ces deux motifs réversibles de la scène et de l’ouverture, du visible et de l’invisible. Elles peuvent ainsi basculer d’un pôle à l’autre, devenir plus visibles ou, au contraire, s’effacer. Pour Merleau-Ponty, le visible et l’invisible seraient des ‘existentiaux du corps propre’, des ‘dimensions de la chair’ grâce auxquels se déploient le monde et ses événements. Le visible n’est jamais totalement donné car il est suspendu à l’invisible, qui en assure la possibilité. Le visible est donc cousu à l’invisible. L’invisible vaut comme l’ouverture à la scène du visible (cf. le rêve) ; il surgit de ce fait comme une scène primitive toujours d’abord cachée, au bord de laquelle est suspendu le visible en son apparaître, le visible comme ouverture.

Pour Le Blanc (2009)[1], un visible est une qualité prégnante d’une texture, la surface d’une profondeur, une coupe sur un être massif. Il vaut comme la stabilisation d’un fond invisible et indifférencié vers lequel il risque de retourner sous certaines conditions, comme celles de la chair pour Merleau-Ponty, comme entrelacs du corps et du monde.

 

Projets autour de « la question du regard dans les expériences du corps »

Premières expériences du corps, l’archaïque et ses après-coup

Nous proposons de déplier certains axes de réflexion en lien avec les premiers temps de la vie, avec les pathologies psychiques précoces et graves de l’enfant, et avec l’instauration du de l’intériorité, notamment :

  • Les conditions d’advenue de l’image chez le bébé et ses écueils : perception/hallucination et image/représentation en lien avec le développement du petit d’homme, et les cliniques de l’autisme et des psychoses précoces
  • L’instauration du regard et son origine dans la relation primaire, et le regard sur soi chez le nourrisson
  • Les prémisses de la bisexualité psychique à travers le jeu winnicottien du « dehors/dedans », « montré/caché »
  • Le regard du dedans et la constitution de l’intériorité psychique et somatique avec les problématiques inhérentes à l’imagerie médicale (échographie, scanner, radiographie, IRM, etc.) et au virtuel. Le regard médical -jusqu’à sa perversion- et ses effets sur tous les protagonistes engagés dans le soin aux patients (patient, famille, soignants et médecins).
  • Le monstrueux, la honte voire le tabou et les atteintes du corps / l’inquiétante étrangeté (l’étrangeté de soi et de l’autre) ; les représentations sociales imprègneront là nos réflexions
  • L’effroi de la béance du sexe de la femme (Méduse) et de la castration : articulation effroi/plaisir

Atteintes du corps (maladies somatiques, handicaps et traitement médico-chirurgicaux) et exigence de travail psychique

Inscription du/au féminin/masculin, et bisexualité psychique

  • Les enjeux de la position passive et du masochisme (mélancolie ?) : voir, se voir, être vu, perdre de vue et pénétrer, être pénétré
  • Les conditions de constitution du dedans au féminin : se mettre hors vu/vue et se soustraire au regard
  • Le féminin /La féminité/ le masculin : intérieur/extérieur
  • Les pulsions partielles (scopique, emprise et cruauté) et la bisexualité psychique

Organisation du quinquennal 2018 - 2023

  • Maintien du rythme de 4 réunions par an : mercredi soir
  • Renforcement de la méthode propre au THEMA de « travailler ensemble » en binômes voire trinômes créatifs pour toujours mettre en question et au travail les thématiques ouvertes à nos collaborations scientifiques ; cette méthode apparait comme une spécificité des modalités de travail du THEMA
  • Proposition d’une publication en 2018 d’un ouvrage collectif (ERES, collection Le Carnet Psy., La bisexualité psychique)
  • Proposition d’un « séminaire en résidence » (les 7 et 8 juillet 2018) propre au groupe du THEMA sur l’ouverture à la thématique du regard dans les expériences du corps : « visible et invisible et leurs déclinaisons » telles que présentées ci-dessus. Une discussion d’un projet de recherche commune aux membres du THEMA sur la nouvelle thématique de recherche, par exemple, pourrait constituer l’objet même du séminaire en résidence.
  • Organisation d’un colloque à et avec Montpellier en avril 2020
  • Organisation d’un nouveau « séminaire en dialogue » en février 2021, fruit de nos échanges scientifiques de l’activité quinquennale en cours.

 

[1] Le Blanc, G. (2009). Conclusion. Le visible et l’invisible. Dans G. Le Blanc, L'invisibilité sociale (pp. 193-196). Paris, Presses Universitaires de France.