Le laboratoire PCPP est "EN LUTTE"

Le laboratoire PCPP est "EN LUTTE" 

Liste des laboratoires mobilisés : https://universiteouverte.org/2020/01/26/liste-des-labos-mobilises/

Lors de son Assemblée générale du 5 mars 2020, la grande majorité des membres du laboratoire de recherche Psychologie Clinique, Psychopathologie, Psychanalyse (PCPP, EA 4056) de l’institut de Psychologie de l’Université de Paris a voté se déclarer « en lutte » et rejoindre ainsi la coordination « des Facs et des labos en lutte».

 Quelle est la signification de ce vote ?

Université : service public vs marchandisation [1]

D’abord, le rappel que notre vocation d’enseignant-chercheur s’inscrit dans notre volonté partagée d’appartenir à une Université démocratique où ce service public financé par l’État est au service de « l’intérêt général ».

 A visage découvert depuis la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités d'autonomie des universités (dite Loi LRU ou loi Pécresse)[2] prônant une soi-disant autonomie des universités,  la marchandisation qui transforme l’Université en une entreprise néolibérale gouvernée par la seule logique financière et favorise la rivalité entre les sites et les équipes est en contradiction frontale avec cette aspiration commune. En 2020, le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) incarne l’aggravation redoutée de cette dérive.

Pour nous qui intervenons également sur le terrain clinique et thérapeutique notamment en contexte hospitalier public, nous refusons conjointement la marchandisation de la santé, de la recherche et de l’enseignement. La culture, l’enseignement et la santé méritent d’être des zones sanctuarisées soutenues par des financements pérennes non indexés à des critères de rentabilité immédiate.

Notre opposition est totale face au « darwinisme social » qui prône une mise en concurrence qui seule saurait reconnaître les travaux utiles, méritants et dignes d’être soutenus financièrement et politiquement. Notre opposition est tout aussi résolue face à une gestion « managériale » de la recherche soumise à la règle de « financement compétitif  » et à l’impérialisme envahissant de l’évaluation, selon des critères inadaptés, au détriment du cœur de notre activité d’enseignant-chercheur.

La psychanalyse : un combat humaniste

Dans ce contexte de marchandisation mondialisée et de contraintes idéologiques de plus en plus débridées via le relais disruptif de certains média et réseaux sociaux, reste entière notre conviction en la créativité civilisatrice de la psychanalyse pour donner du sens aux malaises sociaux et aux souffrances psychiques du sujet.

Plus encore, nous interprétons les violentes attaques actuelles contre la psychanalyse comme la preuve même de son originalité et de son profond enracinement dans une approche humaniste. Comme autrefois, en temps de crise du politique et de précarités sociales, elle ne peut être perçue que comme une menace.

Au-delà de la psychanalyse, c’est tout le champ des humanités et des sciences critiques qui est visé par les réformes actuelles du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ce sont, en somme, tous les savoirs et les outils qui sont au service de l’autonomie de la pensée qui semblent menacés par la technocratie qui partout se répand à coups de « nouvelle gestion publique ».

Notre engagement en faveur d’une clinique, d’un enseignement et d’une recherche se référant à la psychanalyse repose sur une conviction : la psychanalyse s’inscrit dans le droit fil d’une tradition intransigeante sur les valeurs cardinales suivantes :

- la nature humaine est une et indivisible ;

- l’individuel et l’universel ne sont pas des contraires mais ne peuvent être compris que dans leur rapport mutuel.

La psychanalyse poursuit et complète cette tradition éthique et humaniste en affirmant que l’homme est conduit par des forces inconscientes qu’il ignore. L’objectif humaniste de la psychanalyse est d’aspirer à rendre l’homme capable de contrôler l’irrationalité de sa nature par la raison et la conscience de soi : « Là où était le ça, doit advenir le moi [3] ».

Défendre la psychanalyse en 2020, c’est aussi s’insurger contre l’oubli de l’humanité des acteurs sociaux, source de maltraitance quotidienne.

Pour nous, membres du laboratoire PCPP, maintenir notre engagement en faveur d’une psychanalyse humaniste est synonyme d’être « en lutte » contre la marchandisation de l’Université et de l’hôpital et en faveur d’une politique publique de l’enseignement supérieur et de la santé favorisant la solidarité au profit de « l’intérêt général » et de la démocratie.

Les membres du Laboratoire PCPP

[1] La marchandisation concerne l'extension supposée des domaines de ce qu'on peut acheter et vendre sur les marchés. Le processus consiste à transformer tous les échanges non marchands (santé, culture, etc) en marchandise classique.

[2] Loi no 2007-1199 du 10 aout 2007 adoptée sous le gouvernement Fillon.

[3] « Wo Es war, soll Ich werden », Nouvelles conférences d’introduction sur la psychanalyse, 1933

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Dans le contexte des remises en question et des attaques récurrentes contre la psychanalyse dans les média, le laboratoire PCPP souhaite faire connaître aux collègues, aux étudiants et aux concitoyens un certain nombre d'initiatives dont il partage l'esprit et la démarche, notamment l'ouvrage paru sous la direction de P.H. Keller et P. Landman Ce que les psychanalyste apportent à la société, Ères, 2019. Plutôt que de rester prisonnière d'invectives polémiques et caricaturales, cette initiative éditoriale indique la bonne direction car elle se situe dans une perspective réflexive de travail véritablement constructif et fédérateur.

Sylvain Missonnier & Benoît Verdon