Soutenance de thèse de Anne-Sophie Van Doren

 

Soutenance de thèse de Anne-Sophie Van Doren

Sous la direction du Professeur Benoît Verdon

 

Le 14 novembre à 9h à la faculté de Médecine Paris Descartes, 

15, rue de l'école de médecine, Paris 75006. 

Bâtiment de la surélévation, Entresol, Salle Bouin.

 

Titre : "Que reste-t-il de leurs amours ? Etude exploratoire, clinique et projective de patients traités pour un cancer de la prostate"

Jury :
 Pr. Karl-Léo Schwering (Président, Paris XIII)
 Pr. Magali Ravit (Rapporteur, Lyon 2)
 Madame Nathalie de Kernier (Rapporteur)
 Pr. Christophe Dejours (CNAM/Paris Descartes, MCU-HRD, Paris 10)
 Pr. Benoît Verdon (Directeur, Paris Descartes)
 Pr. Marc-Olivier Bitker (PU-PH, APHP, Pitié-Salpêtrière, Pierre et Marie Curie)

 

Que reste-t-il de leurs amours ? Etude exploratoire, clinique et projective de patients traités pour un cancer de la prostate

Maladie de l’homme mûr, le cancer de la prostate nécessite des traitements qui rendent le patient impuissant, parfois de manière irréversible. Cela fait écho psychiquement à l’appréhension d’une castration qui n’a pas attendu l’avènement de cette quasi-réalité pour s’avérer l’un des moteurs psychiques de l’angoisse des hommes et de leur dynamique identificatoire, narcissique et objectale. Le cancer de la prostate se révélant être tabou dans notre société, ces hommes sont sommés de souffrir en silence. A l’appui d’une double méthodologie composée d’entretiens et d’épreuves projectives auprès de 17 patients atteints d’un cancer de la prostate (et, dans une visée comparative, de 2 patients atteints d’un cancer du rein et de 2 patients venant pour un simple dépistage), nous nous proposons de discerner comment cette détresse interdite peut expliquer en partie la mise en avant d’une position hyper phallique (« même pas peur, même pas triste, même pas mal »). Revendiquer de n’être ni touché ni ébranlé par ce qui arrive permettrait à ces hommes de pallier une décompensation dépressive, peut-être pire que tout pour eux, car anti-virile, dans le sens où un homme n’est censé ni chuter, ni s’effondrer, ni se plaindre. C’est pourquoi, dans la filiation des travaux de C. Chabert et de F. Neau, nous proposons l’idée d’un masculin hypomane ; il serait une défense contre le mouvement mélancolique (à entendre comme traitement narcissique de la perte) insupportable et comme retournement de la passivité en activité contre l’être pénétré (par la maladie, les explorations médicales), l’être traversé (par l’angoisse, le temps qui passe) et l’être excité (par l’autre, son désir). Portée par un faux masculin abritant le genre neutre dans le latent et durcie par un hyperinvestissement narcissique, cette solution serait à la fois coûteuse et mortifère, mais aussi salvatrice et trophique, déplaçant alors les frontières entre normal et pathologique. En effet, elle protégerait le sujet contre les affres de l’effondrement dépressif dans le manifeste, soutiendrait son identité virile déjà bien malmenée ; elle lui permettrait de se défendre contre le mouvement mélancolique qui infiltre le latent et elle contiendrait l’excitation désorganisatrice de la pulsion sexuelle derrière les remparts de la pulsion de mort dans sa valence anarchiste.

La dimension performative de la virilité nous a ainsi permis d’envisager la clinique de la passation (mais également la relation clinique et les mouvements transférentiels pendant les entretiens) comme un espace potentiellement traumatique, car il peut, certes, mettre en lumière et révéler une sensibilité à la castration à travers l’implicite de performance, mais aussi, comme un espace transitionnel et thérapeutique. Ce qui semble très important pour la construction future de projets thérapeutiques concernant ces patients.

 

Mots clés : pulsion sexuelle ; masculin hypomane ; narcissisme ; angoisse de castration/de mort ; cancer de la prostate ; méthodes projectives