LEGENDRE Alexandre

Cultures, techniques du corps, bien-être et performance

 

Parcours universitaire

 

- 2003 : Maîtrise de philosophie (Paris I Panthéon-Sorbonne ; mémoire sur le corps dans l’œuvre de Platon intitulé ‘Le corps platonicien, un et multiple’).
- 2005 : DEA d’histoire de la philosophie (Paris I Panthéon-Sorbonne ; mémoire sur le corps dans l’Iliade intitulé ‘L'Iliade ou l'odyssée du corps’).
- 2008 : Master en sciences sociales (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; mémoire sur le corps dans l’œuvre de Bergson intitulé ‘Généalogie du corps bergsonien : Une lecture des trois premiers essais de Bergson du point de vue du corps’).
- 2009-2011 : Apprentissage de la langue chinoise à la Taiwan Normal University (Taipei, Taiwan) pendant deux ans (15h de cours par semaine), sanctionné par l’obtention du Test of Chinese as a Foreign Language niveau supérieur (équivalent du Hanyu Shuiping Kaoshi niveau 5-6)
- 2012 : Master STAPS Organisation Sociale du Sport (Université Paris Descartes ; mémoire réalisé sous la direction de M. le Professeur B.During, intitulé : ‘Kung fu, un chemin vers l’efficacité : Les arts martiaux traditionnels chinois à l’épreuve de la praxéologie motrice’).
- 2013 : Première année de doctorat, thèse ayant pour titre provisoire l’‘Importance de la connaissance de la culture chinoise dans la maitrise des arts martiaux traditionnels chinois : pour une approche qualitative de la performance’ (Université Paris Descartes ; sous la direction de M. le Professeur B.During).
- 2015 : Membre du comité d'organisation du congrès de l'ISSA (International Sociology of Sport Association) International http://www.issa2015.org/ 

Thèmes de recherche

 

Je me suis d’abord consacré à l’étude de différentes approches philosophiques du corps, avec une prédilection pour celles qui me paraissaient incarner les moments fondateurs de la ‘pensée du corps’ ; ce qui m’a amené à porter le plus vif intérêt aux étapes ayant permis la transition d’une pensée appliquée à l’objet-corps, à une pensée dont le corps lui-même était le sujet. Cette évolution semble sous-tendue par le passage d’un dualisme ontologique hérité de Platon à un dualisme de ‘tendances’ inspiré de Bergson, soit, s’agissant des relations âme-corps, d’une dichotomie stricte à une endosmose.

J’ai ensuite voué une attention croissante aux arts martiaux traditionnels chinois, attention alimentée par mon propre investissement dans leur pratique en France, en Chine et à Taiwan, depuis 2003 : à mesure que je progressais, j’ai pu m’apercevoir qu’on y développait ordinairement une sensibilité acérée aux modalités de pensée infraconscientes, dont l’exercice accroit l’acuité. J’ai alors tenté de dépister les origines mêmes (culturelles ?) de cette valorisation d’une pensée issue de l’élan spontané du corps, valorisation incongrue pour nous autres occidentaux. Mais devant la rétivité de ces arts à l’‘esprit occidental’, et en l’absence presque totale de travaux scientifiques à leur sujet (alors même que les arts martiaux japonais donnaient lieu à une abondante littérature), j’ai dû rechercher les outils d’analyse propres à expliciter une rationalité qui s’avérait de prime abord insaisissable. D’où vient ma volonté de m’immerger dans la culture chinoise en premier lieu (à travers l’apprentissage de la langue et l’initiation aux études chinoises) ; puis de me familiariser ensuite avec le champ épistémologique des STAPS et ses multiples grilles méthodologiques, afin de mieux me pénétrer de leur logique.

Mon travail de doctorat prend précisément pour point de départ la difficulté initialement rencontrée par les non-natifs de Chine à appréhender les arts martiaux chinois, et s’applique à en identifier les causes : ainsi, ce qui entrave et bride compréhension et performances provient essentiellement semble-t-il de notre méconnaissance de la pensée chinoise en occident, de l’incommensurabilité qu’accusent nos deux cultures sur le plan philosophique et épistémologique. Les prémisses et principes sur lesquels se sont érigées ces ‘techniques du corps’ (M.Mauss) renvoient en dernière analyse à une posture cosmologique où le devenir - dont le Classique des mutations, Yi Jing, œuvre fondatrice de la cosmologie chinoise, recense les opérations – l’emporte sur l’ ‘être en soi’  - et l’ontologie dualiste héritée de Platon - et à une posture heuristique où la sensibilité proprioceptive ou le « sens interne » (J.F.Billeter) l’emporte sur la vue et les modélisations mécanistes du corps que son primat entraîne. C’est en somme cette continuité entre une axiomatique initiale et ses manifestations les plus concrètes sur le plan de la motricité que je m’efforce de reconstituer, pour aboutir à une approche qualitative de la performance.

J’espère encore par-là rendre raison de deux traits tout à fait remarquables de ces arts, et les soumettre à la discussion :

D’abord, nous avons affaire à un parti-pris moteur propre à développer l’‘intelligence motrice’ (P.Parlebas) : le ‘couplage’ (F.Varela) ‘sens interne’-toucher/esprit (trahissant une affinité naturelle avec le temps), invite à s’abandonner (‘laisser agir’, wuwei, témoin de la forte empreinte des taoïsmes de Laozi et du Zhuangzi ) au libre éploiement du geste mu par sa seule « poussée intérieure » (F.Cheng ; ‘geste pur’ chez E.Herrigel) et, ce faisant, à confier à l’‘intelligence sensori-motrice’ (J.Piaget) le soin de mener à bien notre action, le travail de la conscience volitive étant alors (autant que faire se peut) suspendu ; à l’inverse, le couplage œil/esprit (affilié à l’espace selon H.Bergson), dont nous sommes nous-mêmes plus familiers, tendrait à favoriser l’assujettissement à des ‘stéréotypes moteurs’ (P.Parlebas), ces séquences motrices préprogrammées, conçues a priori puis automatisées, et enfin déclenchées à l’envi, ou à volonté. A la source de ces divergences entre deux modélisations de la motricité se tiennent des conceptions antagonistes de l’efficacité (F.Jullien) s’expliquant par des contrastes culturels marqués.

En second lieu, on y constate une absence de contradiction entre les exigences liées à la recherche de performance et celles touchant à l’entretien de la santé (yangsheng), cela alors même que les sports de combat occidentaux tendent ostensiblement à les opposer. Le don de soi, la mort comme sanction de la victoire (J. Ulmann, B. Jeu), autant de choses valorisées en occident depuis le ‘choix d’Achille’ et que ces arts ne goutent que fort peu.  Une fois encore, ces divergences stratégiques ont des racines culturelles profondes. Les pratiques martiales chinoises pourraient nous inspirer une manière d’articuler performance et bien-être autrement que sur le mode de l’opposition.

Cette recherche m’invite à faire discuter des points de vue aussi hétérogènes que ceux de la philosophie, de l’anthropologie, de la sinologie et de la praxéologie motrice, tout en mettant en œuvre des méthodes d’analyse variées : entretiens, observation participante, analyse de contenu. 

Publications

 

LEGENDRE, A. & DURING, B. (2015). Neigong et Waigong : Ou comment se réaliser par la pratique des arts martiaux chinois. Corps, CNRS Editions.

LEGENDRE, A. (2015), Avoir du 'shenfa', clé de la pratique des arts martiaux chinois. In Vocabulaire Philosophique du Sport, L’Harmattan, Paris.

Communications

 

LEGENDRE, A. (2016). “Teaching wushu in Taiwan: imparting a ‘sense of the body’ as a keystone”, Martial Arts Studies Conference 2016, Cardiff University, 19-21 July.

LEGENDRE, A. (2016). “Shenfa, or the efficiency of the ‘living body’ in chinese martial arts: Do we need to be chinese to understand the notion?” Université Paris-Descartes, Première semaine internationale du corps, journée d’études franco-japonaise, " Living body’ experiences", Paris, 29 juin 2016.

LEGENDRE, A. (2015). " Difficultés de transculturation des techniques du corps asiatiques vers l’Occident.Le cas des arts martiaux chinois ." Rentrée de l'ED 566, 1er décembre 2015, Université Paris Orsay. 

LEGENDRE, A. (2015). « Comprendre les arts martiaux chinois : difficultés d’appréhension de techniques du corps élusives », Centre d’Études Françaises sur la Chine contemporaine : 'Journées Jeunes chercheurs en études taiwanaises', Taipei, 4-5 décembre 2015.

LEGENDRE, A. (2015). « Le shenfa, expression du potentiel praxique », Colloque Université de Rouen/CETAPS : "Corps capacitaire, corps déficitaire", Rouen, mai 2015.

LEGENDRE, A. (2015). “Personal development through the search for the best integration of resources. The case of Chinese traditional martial arts and the 'shenfa'”, GDRI, "What is ecology of sports? ", Paris, octobre 2015.

LEGENDRE, A. (2015). “傳統武術與西方 »,  新北市國際武術高峰論壇” (New Taipei International Martial Arts Forum), Taipei, Taiwan, avril 2015.